Hypersensibilité, pensée en arborescence, difficultés sociales… que disent vraiment les sciences sur le HPI ? (Avec Sophie Brasseur et Catherine Cuche)

Dans cet épisode de 1000g de savoirs, deux expertes (Catherine Cuche et Sophie Brasseur) déconstruisent avec nous les mythes et les méconceptions autour du concept de « Haut Potentiel Intellectuel » (autrement connu sous le terme HPI, douance, zèbre, surdoué, etc.). Elles nous expliquent en quoi consiste cette particularité intellectuelle et cognitive, tout en faisant la distinction avec les notions qui lui sont les plus associées : l’hypersensibilité, la pensée en arborescence, les difficultés sociales, etc.

Tous·tes HPI ?

Image : Edgar Soto / Unsplash

Ces dernières années, le sujet est partout : dans les médias, dans des livres à succès ou séries télé, sur les réseaux sociaux… Et ce n’est pas un hasard. L’intelligence fascine. Il est très humain de vouloir se dire que nos enfants, ou nous-mêmes, avons quelque chose de “spécial”. D’ailleurs, la société valorise ces profils présentés comme exceptionnels. Mais derrière cette fascination se cachent aussi beaucoup de représentations erronées, et parfois même des simplifications qui compliquent plus qu’elles n’aident.

Dans de nombreux contenus vulgarisés et témoignages, on dit de ces personnes qu’elles sont hypersensibles, qu’elles rencontrent beaucoup de difficultés sociales, interpersonnelles, émotionnelles et psychologiques. Pourtant, les études montrent au contraire que le haut potentiel intellectuel est un facteur facilitateur pour les individus. Si un profil “HPI” n’explique pas toutes les difficultés qui lui sont souvent associées, alors qu’est-ce qui peut en être la cause ? Et surtout… A quoi correspond vraiment un haut potentiel intellectuel ?
Face à l’avalanche de récits et d’informations contradictoires une question se pose : quelles informations sont vraies et lesquelles relèvent de mythes sociaux, d’idées reçues ou de méconnaissance ?

Image : Maxim Berg / Unsplash

Que retenir de cet épisode ?

D’abord, que le HPI, ce sont avant tout des hautes compétences intellectuelles, mesurables et significativement au-dessus de la norme.

Mais aujourd’hui presque tout ce que l’on croit savoir et qui est en circulation dans la société sur le HPI – hypersensibilité, pensée en arborescence, difficultés sociales – relève davantage d’un mythe collectif que d’une réalité scientifique.

Pourquoi ? Simplement parce que les personnes qui témoignent et consultent le plus sont souvent celles qui rencontrent le plus de difficultés. Logique jusqu’ici. Mais alors, les récits des souffrances et des défis rencontrés remontant jusqu’aux professionnel·les de santé, aux médias, etc., bien que légitimes, ont fini par définir l’imaginaire public sur le sujet. On en vient alors à confondre une spécificité neurologique elle-même, ou l’association avec d’autres spécificités, avec les épreuves qui peuvent l’accompagner. Résultat : un fonctionnement cognitif qui est, en réalité, un facteur protecteur, a été représenté à tort comme quelque chose d’extraordinaire, voire de pathologique.

Aujourd’hui, à l’heure où la neurodiversité entre enfin dans le débat public, cet épisode souligne un enjeu crucial : il nous faut de meilleures représentations.

Que l’on parle d’autisme, de TDAH, de haut potentiel ou d’hypersensibilité, nous tombons souvent dans deux pièges opposés mais tout aussi réducteurs : la diabolisation (tout n’est que difficultés) ou, à l’inverse, le fantasme et l’idéalisation (où l’on considère que ce fonctionnement est un super-pouvoirs que l’on glorifie).

Néanmoins, ce biais de visibilité est doublement dommageable. D’une part, cela crée une image faussée et unique de ce que c’est que de vivre avec telle ou telle spécificité. D’autre part,cela peut participer à exclure et invalider toute une partie des personnes concernées – celles qui ne rencontrent pas ces difficultés majeures, celles dont le parcours est plus fluide, adapté, épanoui. Elles ne se retrouvent pas dans le récit dominant, et peuvent en venir à douter de leur propre légitimité et de la réalité de leur expérience.

S’il fallait retenir un enseignement majeur de cet épisode, c’est que : pour vraiment comprendre et accueillir la neurodiversité, nous devons collectivement faire de la place à tous les récits. Représenter aussi les parcours sans grandes souffrances ou difficultés majeures. Comprendre que ces fonctionnements ne sont ni un fardeau héroïque, ni un don magique, mais simplement d’autres façons d’être au monde.

Le HPI, en l’occurrence, n’est pas une identité souffrante par essence. C’est une configuration cognitive singulière. Et comme pour toute spécificité humaine, son vécu est un spectre, qui mérite d’être connu, compris et représenté dans son amplitude – avec nuance et sans caricature simplificatrices.

Shownotes :

Chapitres de l’épisode :
Fascination et idées reçues sur le HPI ; déconstruire les mythes de la pensée en arborescence, de l’hypersensibilité, des difficultés sociales et de l’appellation de zèbre ; qu’est-ce que le HPI (définition, mesure et critères d’appréciation) ; identification vs. diagnostic du HPI ; que retenir et quels pièges à éviter dans la considération du HPI.

La « pensée en arborescence » de Jeanne Siaud Facchin.
En psychologie : la « pensée divergente » ou la capacité d’analogie.

Recommandation des autrices pour aller plus loin :

« Le haut potentiel en question » de Sophie Brasseur et Catherine Cuche

Pour les professionnel·les qui souhaiteraient approfondir le sujet : « Psychologie du haut potentiel »

Singularis academy : organisme de formation proposant, notamment, des formations pour l’accompagnement de l’adulte à Haut Potentiel Intellectuel pour les professionnel·les de santé.

© Crédits bande son de l’épisode « Peter Turtle » : Ben Muller