Le syndrome de l’imposteur·rice

Dans cet épisode nous allons vous parler du syndrome de l’imposteur ou de l’impostrice.
En effet, qui n’a jamais eu le sentiment de tromper les autres sur ses capacités ? De ne pas mériter sa place ? Voir pire, qu’un jour cette erreur serait mise à jour et que tout le monde se rendrait compte de la fraude que l’on est ?
Alors peut-être que, comme nous, vous avez déjà subi ou vivez souvent ce fameux syndrome de l’imposteur, de l’impostrice.
Cet épisode vous est raconté par Pascaline Van Oost.

Qu’est-ce que c’est exactement et comment on l’a découvert ce syndrome ?

Concrètement, c’est d’un sentiment d’illégitimité et un sentiment d’escroquerie, qui reste présent malgré les succès qu’une personne va accumuler dans sa vie (qu’ils soient scolaires, personnels ou professionnels). La réussite va alors être attribuée à la chance, à un travail acharné, à l’aide d’autrui, notamment, mais jamais à soi. En bref, ces personnes vont donc trouver de multiples moyens pour nier le fait qu’elles sont, en réalité, douées. Avoir le syndrome de l’imposteur·ice, c’est donc souvent vivre dans le doute et avoir peur d’être un jour démasqué·e.

Cette notion peut sembler récente dans les médias et nos conversations, alors on pourrait se demander, “Quand est-ce qu’on a donné un nom à cela ?”

Ce syndrome a été conceptualisé par Clance et Imes dans un article datant de 1978 (ou soixante-dix huit selon là d’où l’on vient). Les autrices décrivaient alors l’expérience de plus de cent femmes qui, bien que menant des carrières brillantes, persistaient à croire qu’elles n’étaient pas intelligentes ou douées. Elles avaient également en commun le sentiment de tromper toutes celles et ceux qui pensaient l’inverse à leur propos.

Ça c’est intéressant, mais comment se manifeste concrètement ce syndrome ?

Et bien, les personnes vivant le syndrome de l’imposteur·ice ont une grande peur de l’échec. Elles sont plus préoccupées par des erreurs, surestiment leur fréquence et vivent en général une satisfaction moindre quant à leur performance.

Elles ont aussi des difficultés à s’attribuer une réussite. Alors qu’elles peuvent avoir beaucoup de succès ! C’est le cas par exemple d’Emma Watson, ou de Tom Hanks, qui ont rapporté une telle expérience.
Vivre ce syndrome c’est discréditer ou réduire en permanence sa réussite : les succès sont alors attribués à la chance, à l’aide d’autrui, ou à un travail acharné, mais en tous cas pas aux capacités ou compétences de la personne.

Ces personnes ont également l’impression et le sentiment permanent d’être surestimées, de tromper leur entourage ou d’être inadaptées dans leur domaine. Elles penseront que la perception de leur réussite ou de leur valorisation est due à une erreur de jugement d’autrui. Ce sont donc des personnes vivant dans la peur d’être démasquées par les autres (leur entourage, leurs collègues, patronne, patrons, camarades, ami.es, etc.).

Par exemple, imaginons que je sois embauchée par une personne objectivement très compétente qui voit en moi du potentiel (alors que je suis persuadée qu’elle s’est trompée car je connais mon parcours, mon fonctionnement et mes failles). Dans cette situation, j’aurais l’appréhension constante d’être renvoyée quand cette personne aura enfin remarqué que je ne suis pas compétente.

On parle de “syndrome”, mais est-ce quelque chose que l’on garde toute notre vie ?

D’abord, il est important de différencier une impression passagère ou une preuve de modestie proposée de manière consciente et ce phénomène. Le syndrome de l’imposteur·ice est une phénomène persistant qui reflète les ressentis réels et profonds d’une personne.

Ensuite, il est bon de savoir qu’il s’agirait d’une expérience psychologique survenant souvent en réponse à des situations bien précises. D’ailleurs, en parcourant la littérature, on remarque que les personnes vivant cette expérience sont souvent des individus devant assumer un rôle professionnel nouveau. C’est alors dans cette situation précise de nouveauté et donc d’incertitude, que se manifesterait le plus ce syndrome. Il y aurait donc une explication contextuelle, mais pas forcément pathologique.
C’est un phénomène qui est favorisé par certains types de situations. Chez certaines personnes, il sera bref, chez d’autres, durera des années. Mais ce n’est pas un trouble mental (même si la recherche montre que c’est corrélé, et donc que ça peut parfois être accompagné d’anxiété et de dépression).

Mais est-ce que tout le monde ne ressent pas cela à un moment donné de sa vie ? Peut-on vraiment parler d’un syndrome si une large portion de la population le vit ?

Beaucoup d’entre nous vont probablement l’expérimenter à un moment de leur vie. D’ailleurs, on parle de 70% de la population états-unienne qui expérimentait ce syndrome au moins une fois au cours de leur vie.
A ce titre, on peut donc faire un parallèle avec les troubles anxieux. Presque tout le monde vit, à un moment ou à un autre, des situations stressantes ou des angoisses. Néanmoins, ce qui fait la différence avec le “trouble anxieux”, c’est son caractère stable dans le temps, et/ou son intensité. Si on fait le parallèle avec le syndrome de l’imposteur·ice, vivre un épisode de ce phénomène une ou deux fois ne sera pas équivalent à un syndrome bien ancré qui durera dans le temps, sera intense et répété.

Comme la cerise sur le gâteau ou la goutte qui fait déborder le vase, souvent quand on se sent imposteur·rice, on a tendance à mettre en place des comportements qui n’améliorent pas les choses… (autrement ce serait trop facile)

On parle de trois comportements en particulier :

Premièrement, on va avoir tendance à s’inquiéter de notre intelligence, donc travailler dur et adopter des stratégies pour cacher notre prétendue incompétence. Ce travail mènera l’obtention de retours positifs vis-à-vis de notre travail. Dans un premier temps, nous serons ravi-e de recevoir ces retours positifs, mais par la suite, on pensera finalement que ces retours positifs sont une erreur de jugement. Pour ne pas améliorer les choses, ces fameux retours positifs généreront aussi des attentes (que nous aurons à combler par la suite), et cela exercera une pression nouvelle.

Deuxièmement, on va éviter de révéler nos opinions ou nos idées réelles. A la place, on aura tendance à plutôt analyser nos supérieurs et leur fournir ce qu’ils ou elles souhaitent le plus entendre pour correspondre aux attentes. Le fait que l‘on ne soit pas authentiques nous empêchera alors de savoir comment notre « identité réelle » aurait été évaluée si nous nous étions permis de la montrer. Ce second comportement aura donc tendance à maintenir et enrichir ce syndrome.

Enfin et dans un troisième temps, on retrouvera l’utilisation du charme, et la tendance à vouloir converser autour de sujets plaisants. Cette démarche sera mise en place afin d’être apprécié.e et évalué.e positivement. Néanmoins, l’approbation reçue ne suffira malheureusement pas à nous rassurer.
Pourquoi? Tout d’abord, parce que, quand on nous complimentera sur notre compétence, nous penserons qu’iel fonde son opinion sur d’autres attributs (par exemple, notre sympathie) et qu’iel a donc été « trompé » dans son jugement. Ensuite, nous penserons que les personnes étant vraiment douées n’ont au fond pas besoin d’approbation (« les génies ne sont-ils pas productifs sans le soutien d’autrui ? »), et que parce que nous avons besoin d’approbation, nous ne sommes pas compétent·e.

Merci d’avoir écouté cette capsule de 100g de savoirs, réalisée par Farrah Tabal, étudiante à l’Université Libre de Bruxelles, Sarah Leveaux, doctorante de l’université de Lyon et Pascaline Van Oost, doctorante de l’Université Catholique de Louvain. Nous vous retrouvons très vite pour de nouveaux épisodes passionnants !

Restez connecté-e-s ! Dans le prochain épisode nous découvrirons les facteurs à l’œuvre derrière ce syndrome et des pistes pour aider à le contrer. Préparez vous pour une carrière comme celles de Tom Hanks ou Emma Watson !

Références

Chassangre, K., & Callahan, S. (2017). « J’ai réussi, j’ai de la chance… je serai démasqué »: Revue de littérature du syndrome de l’imposteur. Pratiques Psychologiques, 23(2), 97–110. https://doi.org/10.1016/j.prps.2017.01.001 (pdf)

Chrisman, S. M., Pieper, W. A., Clance, P. R., Holland, C. L., & Glickauf-Hughes, C. (1995). Validation of the Clance imposter phenomenon scale. Journal of Personality Assessment, 65(3), 456-467.(pdf)

Clance, P. R., Dingman, D., Reviere, S. L., & Stober, D. R. (1995). Impostor Phenomenon in an Interpersonal/Social Context: Origins and Treatment. Women & Therapy, 16(4), 79–96. https://doi.org/10.1300/J015v16n04_07 (pdf)

Clance, P. R. (1985). The impostor phenomenon: Overcoming the fear that haunts your success. Peachtree Pub Ltd.

Gibson‐Beverly, G., & Schwartz, J. P. (2008). Attachment, entitlement, and the impostor phenomenon in female graduate students. Journal of College Counseling, 11(2), 119-132. (pas de version en libre accès, contactez-nous ou les scientifiques si vous souhaiter lire cet article)

McElwee, R., & Yurak, T. J. (2010). The phenomenology of the impostor phenomenon. Individual Differences Research, 8(3), 184-197. (pdf)

McGregor, L. N., Gee, D. E., & Posey, K. E. (2008). I feel like a fraud and it depresses me: The relation between the imposter phenomenon and depression. Social Behavior and Personality: an international journal, 36(1), 43-48. (pdf)