Une politique égalitaire pour une société sans discriminations – Judit Kende

Une manifestante porte une pancarte avec le texte "what lessens one of us lessens all of us", en français "ce qui diminue l'un·e entre nous, diminue tou·te·s"

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L’immigration fait partie de l’histoire de tous les pays. Pourtant, dans la plupart des pays, la présence d’une part de la population “issue de l’immigration” inquiète un certain nombre de personnes, qui y voient une menace à l’harmonie de la nation. Certains commentateurs et commentatrices conservatrices affirment par exemple que les sociétés multiculturelles sont par nature plus violentes que les sociétés davantage homogènes. Le racisme et la discrimination des minorités issues de l’immigration seraient inévitables dans ce genre de contexte. Mais est-ce que la diversité culturelle va nécessairement de pair avec l’intolérance ? Au delà des polémiques, quelles sont les relations entre la présence de personnes d’origine immigrée et discrimination ? C’est ce dont nous allons discuter aujourd’hui avec Judit Kende.

Judit Kende est chercheuse post-doctorale à l’Université Libre de Bruxelles. Elle est aussi une collaboratrice de longue date de l’ULB. Son travail porte sur l’impact des politiques d’intégration des personnes immigrées sur leur accueil, et notamment sur les préjugés des communautés nationales.

Lexique

Politiques d’intégration juridico-politique : ensemble de dispositifs légaux et politiques qui donnent aux personnes issues de l’immigration le droit de participer à la vie politique du pays. Ces dispositifs portent par exemple sur le droit de voter aux élections ou le droit de prendre part à la vie syndicale.

Politiques d’intégration économique : ensemble des dispositifs légaux et politiques qui donnent aux personnes issues de l’immigration le droit de prendre part à l’économie d’un pays. Ces dispositifs portent par exemple sur les visas de travail, qui régulent l’accès au marché du travail.

Hypothèse du contact : hypothèse formulée par le psychologue social Gordon Allport selon laquelle un moyen de diminuer les préjugés entre groupes sociaux est de les amener à se fréquenter. Cette hypothèse, pour fonctionner, nécessite néanmoins certaines conditions, comme une égalité de statuts entre les groupes, un contexte favorisant la coopération entre groupes (plutôt que la compétition), ou un soutien institutionnel au contact.

Effet « sédatif » (sedative effect) du contact intergroupe : hypothèse selon laquelle dans une situation intergroupe injuste, les membres de groupes défavorisés seront moins motivés à s’engager pour le changement social s’ils ont des contacts importants et positifs avec les membres du groupe favorisé.

Références

Travaux de Judit Kende sur les liens entre préjugés vis-à-vis des immigrés et politiques d’intégration : Kende, J., Sarrasin, O., Manatschal, A., Phalet, K., & Green, E. G. (2022). Policies and prejudice: Integration policies moderate the link between immigrant presence and anti-immigrant prejudice. Journal of Personality and Social Psychology.

Sur la robustesse de l’hypothèse du contact: Pettigrew, T. F., & Tropp, L. R. (2006). A meta-analytic test of intergroup contact theory. Journal of personality and social psychology, 90(5), 751.

Sur les limites de l’hypothèse de contact en contexte inégalitaire : Albzour, M., Bady, Z., Elcheroth, G., Penic, S., Reimer, N., & Green, E. G. Talking to a (Segregation) Wall: Intergroup Contact and Attitudes Toward Normalization Among Palestinians From the Occupied Territories (2022). Political Psychology.