Comment accompagner les plus jeunes face à l’actualité ?

Tous les jours de la semaine, à 6H du matin, mon radio-réveil s’active sur les nouvelles du jour. Guerre en Ukraine, bombardements et famine à Gaza, attaque terroriste, ouragan en Jamaïque… De quoi insuffler une bonne dose d’anxiété pour affronter la journée. A tel point que certain·es choisissent délibérément de ne plus s’informer. A cela s’ajoute la multiplication de sources d’information tout au long de la journée. Comment y faire face? C’est là un défi particulièrement critique pour les plus jeunes. S’informer de l’état du monde dans lequel iels vivent – et vont vivre- semble essentiel pour devenir des citoyennes et citoyens responsables…ou simplement pour s’orienter dans ce monde complexe. Comment les adultes peuvent-ils aider les plus jeunes à faire face à l’actualité en particulier lorsque celle-ci est potentiellement anxiogène? Voici quelques conseils issus de la recherche en psychologie sur ce sujet. Avant de les énoncer, un préalable s’impose: pour les mettre en oeuvre, il importe qu’il y ait un cadre sécurisant au sein duquel les adultes peuvent évoquer les actualités, et les ressentis par rapport à celles-ci. Pourquoi ne pas visionner des programmes d’actualité (adaptés à l’âge de l’enfant) en famille? On en trouvera de nombreux sur les chaînes de télévision publique (pensons aux “Niouzz” sur la RTBF ou au magazine “ARTE Junior”) et même en streaming (par exemple, “1jour1actu.com”). Vous trouverez des liens dans les shownotes. 

Développer la littératie médiatique 

Les consommateur·ices d’actualité, et en particulier les enfants, peuvent avoir le sentiment que les médias sont une fenêtre sur le monde, dont ils donneraient une image fidèle. Or, le choix des contenus qui sont présentés est orienté par des objectifs spécifiques liés au type de média considéré. Par définition, des médias quotidiens seront plus susceptibles de communiquer des événements singuliers qui attirent l’attention (pensons à des fusillades spectaculaires liés au trafic de drogue), plutôt que des tendances à moyen ou long terme (comme l’évolution du marché des stupéfiants en Europe et ses causes). Pour certains types d’actualité (je pense par exemple au terrorisme ou à des assassinats…), il importe aussi d’éduquer les enfants quant à la surreprésentation de ce type de phénomène par rapport aux risques qu’il présente dans la vie de tous les jours (décéder suite à un accident de voiture est bien plus probable que de décéder suite à une attaque à l’arme blanche).

Une autre piste consiste à éduquer les jeunes par rapport au financement des médias. Certains dépendent entièrement de la publicité et donc de nouvelles qui “attirent l’attention”. D’autres sont influencés par l’agenda politique de leurs propriétaires (pensons aux médias Bolloré). Cette connaissance du fonctionnement des médias (qui fait partie de ce qu’on appelle “littératie médiatique”) permettra aussi aux parents d’aider l’enfant à mettre les nouvelles en perspective, par exemple en relativisant ou en interrogeant la validité de certains récits médiatiques douteux. Plus globalement, une connaissance des différents médias permettra d’aider l’enfant à développer un “régime médiatique” adapté consistant à privilégier un nombre limité de sources de qualité et moins collées à l’actualité immédiate. 

Les informations auxquelles sont exposés les plus jeunes proviennent en très grande partie des réseaux sociaux. Or, on sait que le choix des informations qui y sont présentées dépend beaucoup moins de leur fiabilité que de leur capacité à attirer l’attention et à maintenir les utilisateur·ices sur la plateforme. Une éducation au fonctionnement de ces plateformes et aux algorithmes qui sous-tendent la diffusion d’informations est également une priorité pour les jeunes (et moins jeunes). La littératie digitale est un ingrédient essentiel de la littératie médiatique[1].  

Etre un modèle

La recherche en psychologie montre, qu’en particulier chez les jeunes enfants, l’attitude des parents peut servir de modèle pour développer celles des enfants. Si les parents choisissent des stratégies d’évitement face à des actualités angoissantes, ils communiqueront l’idée que le phénomène présenté est effectivement une menace et que la seule réponse possible est l’évitement. Certes, l’évitement peut être une bonne solution lorsqu’il est “protecteur”: par exemple, on peut choisir de reporter une discussion sur un attentat au lendemain plutôt qu’au coucher. Mais l’évitement peut aussi être guidé par l’inconfort émotionnel de l’adulte, qui le transmet à l’enfant implicitement, sans qu’il dispose d’outils pour y faire face. Or, face à une menace, il importe de pouvoir évaluer celle-ci et si elle est effectivement importante, d’aider l’enfant à développer des stratégies pour y faire face. Si, par exemple, les parents s’engagent dans des modes d’action individuelle ou collective pour faire face au changement climatique, cela peut aider les enfants à appréhender cette perspective non plus comme un fléau inévitable, ou comme un sujet tabou, mais comme un danger face auquel il est possible d’agir à sa petite échelle. 

Réagir aux ressentis de l’enfant

La réaction des parents lorsque l’enfant exprime ses ressentis est également fondamentale. Lorsqu’il ou elle exprime de l’anxiété, de l’évitement ou se sent démuni·e par rapport à l’actualité, il est tout d’abord important que les parents laissent l’enfant exprimer ses émotions et l’invitent à les expliquer afin d’en identifier la source. Il est fondamental de reconnaître la validité de ce ressenti même si, dans un second temps, les parents pourront éventuellement remettre en cause sa source. Par exemple: “Si tu as compris cela, je comprends que tu aies peur. Toutefois, sache que ce n’est pas exactement cela qui s’est passé”. 

Dans un second temps, les parents pourront en effet  relativiser ces pensées anxieuses, soit en les interrogeant (les informations sur lesquelles elles se basent sont-elles crédibles? le danger évoqué est-il probable?), soit en soulignant les ressources dont l’enfant dispose pour y faire face. Par exemple, par rapport à une nouvelle de rapt d’enfants, le parent pourra mettre en évidence l’extrême rareté de ce genre de phénomène, pointer le fait que de nombreuses personnes veillent sur elle ou lui ainsi que les règles de sécurité qu’enfants et parents appliquent.  

Si les enfants peuvent parfois avoir des réactions que l’on pourra juger inadaptées par rapport aux nouvelles, il arrivera aussi qu’ils aient des réactions positives, montrant une capacité à gérer celles-ci efficacement. Il est tout aussi important de valoriser ces réactions là. 

Il n’en reste pas moins que dans l’éventualité où l’enfant manifeste une anxiété importante et que, malgré tous ces conseils, vous ne parvenez pas à les canaliser, il ne faut pas hésiter à consulter un·e professionnel·le. 

En somme, accompagner les enfants face à l’actualité anxiogène repose sur trois piliers : développer leur esprit critique face aux médias, leur montrer l’exemple en adoptant des stratégies constructives, et accueillir leurs émotions avec empathie. Ces pistes ne sont pas exhaustives, mais en les empruntant et en partageant votre expérience des événements passés, vous offrez à vos  enfants ou à vos petits-enfants des ressources précieuses pour appréhender le monde avec plus de sérénité. Toutefois, si l’anxiété persiste malgré ces efforts, n’hésitez pas à consulter un·e professionnel·le.


Références:

Buijzen, M., Walma van der Molen, J. H., & Sondij, P. (2007). Parental Mediation of Children’s Emotional Responses to a Violent News Event. Communication Research, 34(2), 212–230.

Comer, J. S., Furr, J. M., Beidas, R. S., Weiner, C. L., & Kendall, P. C. (2008). Children and terrorism-related news: Training parents in coping and media literacy. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 76(4), 568–578.

Pfefferbaum, B., Tucker, P., Varma, V., Varma, Y., Nitiéma, P., & Newman, E. (2020). Children’s Reactions to Media Coverage of War. Current Psychiatry Reports, 22(8).


[1] Cette vidéo issue dues “Niouzz” (RTBF) explique de façon très pédagogique le fonctionnement de ces algorithmes à l’intention des enfants.